°Ultime épreuve

Ecrire une nouvelle fantasy

[…]

Sous l’arche grandiose qui abritait l’entrée de l’Ecole, je me sentais minuscule. La personnification d’Arété en or pur culminant à neuf mètres de haut était tellement minutieuse que cette statue semblait vivante. Sa vertu pour l’excellence et le dépassement de soi imprégnait chacun d’entre nous.

Le grand jour était enfin arrivé et j’avais l’estomac dans un talon. Littéralement. Je plaçai mes paumes au sol et fis le poirier pour le laisser remonter à sa place d’origine. Je frottai mes mains l’une contre l’autre pour enlever les petits cailloux incrustés et, agrippant fermement la bretelle de mon sac à dos, je m’armai de courage et avançai.

J’avais toujours voulu être engagé dans l’Elite. Faire régner l’ordre et la justice était mon rêve le plus cher. Ne me restait plus qu’une étape. Neuf années de formation, plus pénibles les unes que les autres, et un test unique. L’ultime épreuve. Nous étions des centaines à tenter notre chance. Peu réussissaient.

Je ressentis soudain une douleur cuisante dans la nuque. Je me retournai d’un coup pour découvrir un de mes concurrents me fixant anxieusement. Je portai les doigts à mon cou et les retirai légèrement poisseux de sang. Nous apprenions encore à maîtriser nos dons et le stress exacerbait les sensibilités.

Hâtant le pas, je traversai le corridor et ouvrai la porte d’une classe servant de salle d’attente. Des dizaines de paires d’yeux inquiets se tournèrent vers moi. Et mon cerveau explosa. Métaphoriquement parlant, heureusement.

Je m’asseyais, posais mon front contre le rebord froid du bureau et essayais de me détendre. Impossible, bien sûr. Telle une éponge, j’emmagasinais les émotions de tous les êtres dont je pouvais flairer l’odeur. J’avais déjà tenté de m’enfoncer de l’ouate dans les narines, mais rien n’y faisait. Mon odorat surdéveloppé captait les états d’âme comme la couleur noire absorbait les rayons du soleil. J’étais un Empnatique. J’évitais les rassemblements de foule comme la peste.

A intervalles réguliers, Immundus appelait le candidat suivant, un rictus mauvais au coin des lèvres. Il se caressait le ventre avec tant d’envie que je me demandais si les plus mauvais étudiants ne lui servaient pas de repas. Il avait l’allure d’un humain, mais ses doigts se terminaient par des ongles noirâtres acérés et ses pupilles brillaient d’un éclat sauvage. Entre ses dents, des restes de chair douteux et malodorants tenaient tout le monde en respect. Personne ne s’était jamais renseigné sur la composition de ses pitances.

Ce fut enfin mon tour. La nature de l’ultime épreuve demeurait un mystère. Les postulants qui l’avaient réussi et dont les noms étaient gravés sur l’arche avaient disparu. Il était de notoriété publique que les élus devraient entièrement renoncer à leur vie antérieure. C’était la première chose que l’on nous enseignait : nous devrions oublier famille et amis, afin de ne jamais les mettre en danger. Quant à ceux qui repartaient bredouilles, ils ne parvenaient bizarrement pas à s’en souvenir.

Je relevai le menton et entrai dans la pièce d’un air bravache, mais mes genoux qui s’entrechoquaient trahissaient mon agitation. Je fus très surpris, voire déçu, lorsque j’aperçus une simple chaise placée à côté d’une table sur laquelle s’accoudait mon professeur de morale. Je remuai les narines pour sonder l’atmosphère générale, mais mon nez s’était artificiellement bouché. Sûrement un bouclier invisible érigé pour contenir nos différents « talents ».

– Viens t’asseoir, Benjamin. Je t’attendais. Je t’ai bien observé tout au long de cette formation et j’ai placé beaucoup d’espoirs en toi.

Sa voix était gutturale, comme venant d’outre-tombe. J’avais beau être habitué, j’en eus la chair de poule.

– Il y a deux papiers sur cette table.

Je baissai les yeux. En effet, deux morceaux de feuille plusieurs fois repliés sur eux-mêmes y étaient déposés. J’aurais pourtant juré qu’ils ne s’y trouvaient pas deux minutes auparavant.

– Tu as le choix entre le rose incarnadin et le rose vif. Réfléchis bien, c’est important.

Pendant un bref instant, je me demandais si c’était une blague. Les papiers que j’observais étaient bleus. Il y en avait un bleu sarcelle et un bleu charron, laissant transparaître des traits de crayon.

Ma bouche s’ouvrit pour objecter lorsque je me mordis la langue à dessein. J’avais besoin de temps et de lucidité pour réfléchir, la précipitation était mauvaise conseillère. La vive douleur me fit monter les larmes aux yeux et je reniflai. Malgré moi, deux larmes sinuèrent sur mes joues et tombèrent. Sur les papiers.

Dans un rugissement étourdissant, le premier se transforma en gueule de loup-garou et se jeta sur moi. D’un coup de pied sur le sol, je me projetai en arrière et me démenai comme un fou pour extirper mon canif cranté en argent massif de ma poche. Je le plantai instinctivement dans le museau sans corps qui s’apprêtait à me déchiqueter. Il s’évapora en un instant dans un cri plaintif et déchirant.

Les bras encore tremblants, j’essuyai la sueur qui baignait mon front.

Sur la table, le deuxième s’était changé en lys violet zinzolin. Ces fleurs étaient extrêmement rares et c’était la première fois que j’en voyais une.

Mon professeur me fixait bouche bée.

– Plutôt original.

Avais-je échoué ? Mon cœur tambourinait dans ma poitrine.

– Tu as réussi le test, Benjamin. De manière peu conventionnelle certes, mais tu as réussi. Cueille ce lys et sors par la porte qui se trouve derrière moi. Sache que je ne te recroiserai plus. Je te souhaite le meilleur accomplissement possible.

D’un geste hésitant, je saisis la fleur. A ma surprise, elle résista. Je tirai plus fort et l’arrachai, laissant un trou terreux dans la table. Je saluai mon professeur et le remerciai pour son enseignement. Sans prendre la pleine mesure de ses paroles, je me dirigeai vers la porte d’un pas de plus en plus assuré. Vers mon nouveau destin.

Je ne sus jamais ce qui était écrit sur les papiers.

[…]


3 réflexions sur “°Ultime épreuve

  1. Si en plus tu inventes des mots, …..
    Ce n’est pas mon style de lecture mais je dois reconnaître qu’une fois de plus c’est bluffant.
    J’ai fait comme ton père, j’ai consulté le dico.😆

    Aimé par 1 personne

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