°Avant la gloire

Rédiger une nouvelle courte

Mon cœur est moite, mes mains palpitent.

Ce métier qui me colle à la peau me donne envie de m’arracher l’épiderme à pleines griffes.

Je connais pourtant les répliques sur le bout de mes dix doigts submergés de picotements. Combien de fois la nuit a-t-elle posé son oreille sur mon épaule sans oser m’engloutir ? Combien de fois le canapé s’est-il maladroitement enroulé autour de mon corps endolori, noyé sous un tas de feuilles raturées ? Ces soirs de grand labeur, où le sommeil arrivait sur la pointe des pieds et m’étourdissait sans crier gare, je ne pouvais même plus me fier à ma vue, tant les caractères noirs dactylographiés s’entrecroisaient sans cesse. Lorsque j’y repense, un lancinant mal de dos renaît au creux de mes reins.

A présent, les lettres s’envolent dans les brumes de mon esprit et s’entrechoquent pour former des onomatopées. Parfois courtes, souvent plaintives.

J’appuie une paume contre le mur, baisse la tête, ouvre la bouche pour vomir. Je suis presque impatiente de ressentir la morsure acide du liquide rejeté inonder mon palais. Mais rien ne sort. Rien ne me soulage.

Travailler, répéter. Encore et encore. Pour qui, pour quoi. Peut-on réellement apprendre à être talentueux ? Ou le pari est-il perdu d’avance ?

Tel un lion frustré, je continue d’arpenter les coulisses, chaque foulée me propulsant vers un futur incertain. Mes canines grincent. Déchiqueter une proie innocente leur changerait les idées.

Les voix familières reviennent me hanter. Ca ne rime à rien, énonçait la Grave. Quel est l’intérêt de prendre ces risques, questionnait la Fluette. La Cassée se bornait à marmonner inaudiblement. Elles se cognent à présent contre mon cuir chevelu, piquent ma détermination à l’envi. C’est insupportable.

Sur mon front, la sueur perle. Je l’essuie d’un tour de manche. Me rends compte que des auréoles maculent ma chemise. Mon état est lamentable. Je ne suis plus maître de ma chair qui s’effiloche à mesure de secondes. Je titube.

Une annonce solennelle résonne. Applaudissements. Je cherche une issue dans un sursaut de lucidité. Trop tard.

Le rideau se lève.

Le Moi que personne ne soupçonne relève le menton, sourit, s’avance. Et, enfin, s’épanouit.


6 réflexions sur “°Avant la gloire

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