°Mon nom est Gyver. Mac Gyver.

Ecrire une nouvelle en insérant les mots: ailleurs – génome – clair de terre – capteur – transformer – désirer – compatible – vision – pérenne – clic.

Certes, la situation paraissait désespérée, mais Rick en avait déjà affronté de bien pire sans pour autant craquer l’élastique de son slip.

Il se rappela de cette fois où, ligoté nu à flanc de falaise,…

– Rick ! Qu’est-ce que tu fous, bordel ? C’est pas le moment d’avoir l’esprit ailleurs !

Les pensées de Rick revinrent au galop dresser l’inventaire de l’instant présent. Oui, ils avaient de l’eau jusqu’aux hanches. Oui, il faisait noir comme dans un four en panne. Oui, la jungle était un milieu hautement hostile. Mais étaient-ce sincèrement des raisons valables pour se mettre dans tous ses états ? Parfois, le génome humain pouvait pondre des gens vraiment très cons.

– Calmez-vous, les amis. On va s’en sortir.

Rick avait adopté un ton rassurant, presque paternel. De l’oreille gauche, il entendit quelqu’un murmurer que leur définition de l’amitié était différente, mais n’y prêta pas attention.

… le soleil se levait et il sentait déjà sur sa peau une chaleur qui s’annonçait torride…

Dans sa poche, les détecteurs de mouvement censés leur signaler la présence de bêtes féroces étaient détrempés. Il devrait donc miser sur son instinct. Rick préféra garder cette information pour lui afin de ne pas affoler davantage son troupeau domestique.

Il travaillait comme guide de randonnée sauvage depuis plusieurs années et avait l’habitude d’accueillir des bobos en mal d’aventures à la recherche du grand frisson. Les contrées amazoniennes étaient indomptables, mais elles offraient un point de vue incomparable pour admirer le clair de terre austral. Ils frimaient tous au début, mais déchantaient bien vite. Dormir à la belle étoile, c’était pas pour les couilles molles.

… s’il ne trouvait pas vite une solution, il serait cuit à point au zénith…

Discrètement, il abandonna les capteurs au gré du courant et scruta les alentours. Il crut distinguer les contours flous d’une souche.

– Bon, je vais lancer mon lasso autour de ce tronc coupé, et on va s’extirper de cette rivière un à un.

Il avait parlé d’un ton ferme et autoritaire. Affirmer qu’il avait un plan apaiserait les tensions. Rick enroula la corde autour de sa taille et la fixa au mousqueton qu’il accrocha à sa ceinture d’un « clic » sonore. Il fit tournoyer rapidement le dispositif et, d’un coup sec, le projeta en avant. Trop court. D’un poil, franchement. Il fit mouche à la deuxième tentative, tira sur la corde pour resserrer son étreinte autour du bois et entreprit de gravir le talus.

L’averse avait transformé la berge en un tas de boue épaisse, où les chaussures s’agrippaient en « slurps » réguliers. Pas facile de conserver son équilibre. Heureusement, il avait équipé ses semelles de crampons fabriqués à partir de vieux dentiers. A sa suite, les trois touristes entamèrent le même parcours du combattant, avec plus ou moins de succès. Le premier se rétama dans la boue, en but une gorgée. Le deuxième, après avoir ri, finit sur ses genoux et ses avant-bras. La troisième… Ah, la troisième…

…tout ça parce qu’il avait osé bécoter la fille du chef de la tribu…

La nuit précédente, il avait choisi de la passer dans un abri. La météo annonçait des pluies diluviennes et cette section de la forêt était particulièrement inhospitalière. Sans possibilité de maintenir un feu pour effrayer la faune locale, c’était plus prudent.

Il aurait dû s’en méfier de ce refuge. Rick n’y avait jamais mis les pieds. Cinq allumettes sur quatre au Guide Mikelin et des centaines de commentaires dithyrambiques, ça paraissait trop beau pour être vrai. Leur argument principal de vente consistait à prôner des nuits paisibles lovés dans des hamacs tricotés main en crin de mammouth. Invraisemblable. Alors, quand des autochtones avaient débarqué pour dérober toutes leurs possessions, voire pire, Rick n’avait été que modérément surpris. Contre toute attente, son groupe avait réussi à prendre la fuite, les pillards étant totalement absorbés par leur fouille.

…ses poils avaient commencé à fumer et ses narines à humer le roussi…

– Monsieur-le-Guide, je désirerais m’abreuver d’un filet d’eau potable, s’il vous sied ?

Qu’est-ce qu’elle voulait, cette grognasse ? Il avait encore fallu qu’elle s’en sorte, celle-là, avec son chignon apprêté et ses ongles manucurés. Il l’aurait bien laissée aux soins des voleurs. Elle parlait en détachant chaque syllabe, employant parfois des mots qu’il ne connaissait pas. Le matin, elle assortissait la couleur de ses vêtements à celle des balises de randonnée. Rick n’avait encore jamais vu ça. Dieu merci, elle avait renoncé à ses escarpins à plateforme, pas hyper compatibles avec ce trekking de survie.

Sans chichis, Rick attrapa la gourde pendue à son ceinturon et avala une rasade avant de lui tendre l’objet, qu’elle prit avec les lèvres pincées et une moue dégoûtée.

…heureusement, il avait pu fatiguer le lien autour de ses poignets en le frottant contre la paroi rocheuse…

Où était le nord ? On y voyait vraiment que dalle. Rick attrapa ses jumelles de vision nocturne pour tenter de distinguer la meilleure direction. Tout ce qu’ils avaient à faire était de trouver la piste. Ensuite, il n’y aurait qu’à la suivre en espérant croiser une jeep qui pourrait les emmener.

– Aaaaaaaah !

Cri strident.

– Quoi, encore ?

– Là, làààààààààà ! Là, j’vous dis !

La grognasse avait perdu toute contenance et sautillait sur place en ayant l’air d’avoir gobé un oursin. Elle pointait quelque chose du doigt.

C’est alors qu’il la vit. La plus grosse tarentule de la planète. Bien sûr, ça aimait la flotte et les fourrés, ces bestioles. Rick se livra à une brève, mais intense, réflexion. Il conclut qu’il ne voulait pas salir ses semelles déjà bien maculées en l’écrasant. De la boue, oui, de l’humeur d’arachnide, non. Rick avait ses limites. Alors, mu par une soudaine intuition, il défit son lacet gauche, puis son lacet droit, et les noua ensemble. N’écoutant que son courage, il s’approcha avec précaution de la créature immobile et, ni une ni deux, l’énucléa. Huit fois. Il fallait savoir garder la tête froide, et se débrouiller avec les moyens du bord.

– Ben, voilà, pas la peine de paniquer.

… il avait pu ensuite se fabriquer des boots à base d’épines de cactus pour recouvrir ses pieds…

Il essuya du coude la sueur qui perlait sur son front, et se retourna vers son cheptel en quête de remerciements. Les rescapés affichaient tous un air craintif. Pensaient-ils qu’il allait aussi essayer de les estropier? Voyons. Quoique, s’ils devaient se résoudre à en manger l’un des leurs pour survivre… Rick ne jugea pas opportun de partager cette idée.

Tranchant à la machette les lianes qui se dressaient devant eux, ils cheminèrent en file indienne, et en silence, pendant des heures. La progression était lente et difficile. La flore pérenne n’offrait que buissons épineux et branches tordues. De temps à autre, la grognasse poussait un petit cri. Personne ne se retournait. S’ils avaient de la chance, ils pourraient peut-être la semer.

Enfin, leurs godillots foulèrent une piste. A leur grand soulagement, deux phares se dessinèrent dans le lointain.

… et il avait rejoint le camp sioux le plus proche où il avait été très bien accueilli.

Ils agitèrent tous frénétiquement les bras.


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