Décris-moi l’instant que tu vis, je te dirai qui tu es.

Fragment : pas de début, pas de fin, seulement les pensées qui défilent.

Fragment 1 – En sortant de chez moi…

Il fait sombre. J’aperçois quelques fenêtres éclairées en levant les yeux. L’atmosphère se calme et le manteau épais de la nuit s’installe petit à petit. Contraste avec l’agitation du jour. Cette ambiance m’apaise, me réconforte. Comme d’habitude, je tourne à gauche. Parce que la rue descend ? Ca caille. Je frotte mes mains rougies l’une contre l’autre pour les réchauffer, sentant ma peau rêche se rebeller. Elles finissent dans mes poches, je ne sais pas quoi en faire d’autre. Mon écharpe volumineuse tournicotée autour de mon cou m’aide à tenir le froid à distance. Mon visage plonge dans l’étoffe et je regarde la vie par en bas. Mon corps est un peu tendu, réagissant à la caresse du vent glacial. J’en ai la chair de poule. Mes enjambées se succèdent à un rythme régulier, ni trop lent, ni trop rapide. Je profite de l’inertie de la ville. Les traits des quelques personnes que je croise restent flous. Je ne les fixe pas. Je ne cherche pas le contact. J’ai l’impression d’être dans ma bulle, que les bruits extérieurs sont étouffés. Je marche sur un caillou, ressens sa pointe acérée qui tente d’abîmer ma semelle. Lorsque j’étais à l’intérieur, j’étais impatiente de sentir la morsure du froid sur ma peau. Maintenant que je suis dehors, je ne rêve qu’à la chaleur du foyer. J’aime me promener, ou courir, le soir lorsqu’il fait déjà noir, lorsque le monde m’appartient, qu’il progresse à mon rythme et que je ne me sens pas dépassée par les évènements qui s’enchaînent à la lumière du jour. Ma foulée me propulse mètre après mètre, mais vers quoi ? Faut-il un but au bout de chaque chemin ?

Fragment 2 – Souvenirs de vacances…

Ce gîte de vacances. Pas commun. Enfin, pas comme ce que je connais. On rentre par le garage, et des escaliers mènent à la pièce de vie. Le salon se trouvant au premier étage, sortir par la baie vitrée est-il synonyme de tomber dans le jardin qui se situe au rez-de-chaussée ? Je m’empresse de vérifier et colle mon nez à la vitre : pas d’espace vert. Question réglée. Mes doigts laissent des marques grasses sur le carreau. C’est le soir. Il fait sombre à l’extérieur. Seules les fumées s’échappant des cheminées troublent la quiétude de la nuit. A l’intérieur, l’éclairage artificiel illumine la pièce, réchauffe nos os. Les bruits de pas sont étouffés par le tapis ancien qui recouvre le sol du living. La vie tourne au ralenti. Il n’y a aucune raison de se presser. La préparation du repas est conviviale. Certains participent, d’autres commentent. Tous mangeront à la fin. L’ambiance est détendue, c’est normal, c’est les congés. On rigole, on prend son temps. On se fait plaisir. On pense aux projets du lendemain. Pas trop contraignants, il faut en profiter. On se chamaille sur le programme du soir, on boude un peu. Le magazine télé ne s’en sort pas indemne. Mais ce n’est pas grave, on dormira bien quand-même, en rêvant à la couleur dorée des croissants du lendemain, symboles muets d’un petit-déjeuner de fête dont l’odeur alléchante nous tirera hors du lit. Pour l’instant, on s’assied dans le fauteuil pour digérer un peu avant de passer à la glace. On est impatients de sentir la morsure du froid sur nos dents parce qu’on a voulu mordre trop vite dedans. La première salve de publicités nous donnera l’occasion d’aller la chercher.

Réécriture du fragment 2

Ils s’étaient levés tôt pour avaler les kilomètres. Enfin, ils en prenaient possession de ce gîte. La réservation avait été faite il y a des mois et il était temps de célébrer les vacances. Deux semaines sans routine, sans règles, ou presque. Simplement celles du savoir-vivre ensemble.

L’humeur était joyeuse, les regards rieurs. Ambiance détendue. Ils avaient profité de leur dernière halte sur le trajet pour faire les courses. Et voilà que Mère cherchait une casserole à grand bruit dans les placards. Fille, visage contracté, langue sur le côté, tentait vainement d’ouvrir la conserve de raviolis, ne voulant surtout pas s’avouer vaincue. Frère ricanait bien sûr. Il préférait de loin jouer aux jeux vidéos que de participer. Secrètement, il espérait aussi qu’on ne lui demanderait pas d’essayer. Père vint à la rescousse de tous. D’un mouvement aérien du poignet, il libéra les pâtes qui s’entassèrent dans le poêlon. Le doux bruit de la flamme de gaz caressa leurs oreilles. Il ne faudrait plus attendre longtemps avant de passer à table. Parfaite opportunité pour réfléchir aux projets du lendemain.

Une balade ? Cela dépendrait de la météo. Et puis, le sport en vacances… Une visite ? Cela dépendrait des heures d’ouverture. Et puis, ça pouvait être barbant un musée… Un restaurant ? Il faudrait demander conseil aux propriétaires. Et puis, il ne faudrait pas que ça revienne trop cher… Bref, on aviserait demain matin.

Une fois les estomacs rassasiés, les quatre olibrius se blottirent dans le canapé face à la télé. On était samedi. Il y avait le jeu hebdomadaire de l’été. Oui, mais justement, ils le regardaient tous les samedis. Et bien, tant pis, ils aimaient bien. Le programme commença et les regards devinrent fixes. Discrètement, Mère s’éclipsa pour farfouiller dans le congélateur.


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